Le rôle de l’input pour le développement du vocabulaire et de la grammaire en acquisition du français par des enfants monolingues et bilingues

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Abstract

Entre 2009 et 2011 nous avons mené un projet de recherche à l’université de Lund (Suède) intitulé L'âge de début d’acquisition et le développement linguistique en français (Schlyter/Granfeldt) dont le but était de comparer le développement linguistique du français de trois groupes d’enfants : des enfants monolingues (L1), des enfants bilingues simultanés (2L1) et des enfants ayant le français comme langue seconde (bilingues successifs, eL2). Nous avons notamment étudié les effets respectifs de l'âge de début d'acquisition (angl. Age of Onset of Acquisition), de la quantité et qualité de l'input ainsi que de la complexité linguistique sur le développement de la morphosyntaxe. Dans le cadre de cette étude nous nous étions concentré sur le développement d’un certain nombre de structures morphosyntaxiques (la finitude morphologique, les objets clitiques, l’accord sujet-verbe, le genre) que nous avions déjà étudié chez l’apprenant adulte L2 (Granfeldt, 2003; Ågren, 2008; Thomas, 2009) et chez les enfants L1 et 2L1 (Schlyter, 2003, Granfeldt, 2003, Granfeldt & Schlyter, 2004). Dans l’ensemble, les résultats ont montré que pour les structures morphosyntaxiques simples et (très) précoces en L1, le développement initial en eL2 suivait les itinéraires d’acquisition des apprenants aL2, même chez les eL2 dont l'âge de début d'acquisition se situe avant 4 ans. En revanche, pour les structures complexes et tardives en L1, nous avons plutôt observé le même développement en (2)L1 et en eL2 ainsi qu'une plus grande importance de l'input (Ågren, Granfeldt & Thomas, 2014). Une conclusion centrale de cette partie du projet est alors qu’au niveau des itinéraires d’acquisition, les structures morphosyntaxiques de français ne sont pas toutes pareilles : certaines sembleraient plus dépendantes de l’âge de début d’acquisition (finitude, placement des objets clitiques) alors que d’autres (attribution du genre, accord-sujet verbe) montrent de meilleures corrélations avec la quantité et de la qualité de l’input. Dans cette communication nous reviendrons sur un certain nombre de résultats dans le domaine du développement grammatical (Ågren, Granfeldt & Thomas, 2014) pour ensuite les comparer au développement de la richesse et de la précision du vocabulaire chez les mêmes enfants. La question est de savoir s’il existe une relation entre le développement du vocabulaire et de la morphosyntaxe, une question qui se pose depuis les origines des recherches systématiques en acquisition (cf. Brown, 1973). Dans une approche chomskyenne classique (principe et paramètres/gouvernement et liage) la syntaxe et le lexique sont des modules distincts alors que dans sa version récente (Minimalisme, Chomsky, 1995), Chomsky attribue les différences syntaxiques entre les langues aux propriétés du lexique, ce qui a eu des conséquences pour les théories d’acquisition ancrées dans cette perspective (cf. Granfeldt, 2003). Dans cette optique, les itinéraires développementaux sont facteurs de l’âge du début d’acquisition. Par contre, dans une approche basée sur l’usage de la langue (N. Ellis, 2002, Bybee, 2008) l’acquisition d’une langue est étroitement liée aux caractéristiques de l’input langagier ainsi qu’au traitement cognitif de celui-ci, et conçoit la relation entre lexique et grammaire comme un continuum. Dans le but de mieux comprendre la possible interdépendance entre lexique et morphosyntaxe, il nous faut plus d’études empiriques, qui, comme nous le proposons ici, combinent l’étude du développement lexical et morphosyntaxique avec différents types d’apprenant·e·s ayant différentes situations d’input. Pour les enfants L1 et 2L1, les recherches antérieures ont montré qu’il y a un effet d’input sur l’acquisition du vocabulaire (Pearsson et al., 1997, Thordardottir, 2011), mais peu de recherches ont fait ce que nous proposons ici, à savoir comparer les effets longitudinaux de la quantité et de la qualité de l’input sur le développement du vocabulaire et de la grammaire chez différents groupes d’enfants francophones (L1, 2L1 et eL2). Vu les résultats antérieurs, notre hypothèse est qu’il doit y avoir une corrélation entre le développement des structures grammaticales qui se sont avérées surtout dépendantes de l’input et le développement du vocabulaire. Les données de production proviennent d’un corpus longitudinal d’enfants francophones bilingues successifs (eL2, n=3), d’enfants bilingues simultanés (2L1, n=3) et d'enfants monolingues (L1, n=3), tous allant à la même école française en Suède. Les enfants ont été suivi pendant près de trois ans avec des enregistrements à des intervalles réguliers. L’analyse sera basée sur des tâches de production élicitée et des enregistrements de conversations libres avec les enfants. La notion de quantité et de qualité de l’input sera opérationnalisée pour chaque enfants à l’aide de profils d’input individuels et le vocabulaire Résumé pour le XXIXe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes (Copenhague, 2019) Granfeldt, Ågren & Thomas sera mesuré à la fois quantitativement (la diversité du vocabulaire, VocD, Malvern et al., 2004) et qualitativement (la précision du vocabulaire). La présente étude sera centrée sur les questions de recherche suivantes : 1) La richesse du vocabulaire, mesurée par la diversité lexicale (VocD), diffère-t-elle entre enfants L1, 2L1 et eL2 de notre corpus ? 2) La richesse du vocabulaire (VocD) augmente-t-elle avec la durée d’exposition à la langue ? 3) L’effet de la quantité et de la qualité de l’input (mesuré par un profil d’input) est-il le même sur le développement du vocabulaire que sur le développement des structures grammaticales étudiées auparavant ? Y-a-t-il des différences entre les trois groupes d’enfants ? Les résultats montrent que les trois groupes d’enfants diffèrent au niveau de la diversité lexicale : les enfants L1 se distinguent de façon significative des enfants 2L1 qui, à leur tour, se distinguent des enfants eL2. Au niveau des groupes, un profil d’input plus fort semble donc se refléter en une diversité lexicale plus riche. Pourtant, nos analyses montrent que l’ampleur de la différence en termes de diversité lexicale entre groupes semble plus faible en vocabulaire qu’en grammaire (e.g. l’accord sujet-verbe). Autrement dit, l’effet de l’input pourrait être plus grand sur le vocabulaire que sur la structure syntaxique la plus susceptible d’être influencée par la quantité et la qualité d’input. En outre, contrairement à ce qui a été observé pour le développement grammatical, nous n’avons pas trouvé de corrélation entre le développement longitudinal des scores de diversité lexicale des enfants 2L1 et eL2 et leurs profils d’input. Il s’avère que le développement lexical, tel qu’il a été mesuré dans cette étude, n’évolue pas chez les trois enfants 2L1 alors que les enfants L2 ne montrent que de faibles signes de développement dans le domaine du vocabulaire. Ces observations seront discutées à la lumière des limitations possibles des mesures générales comme le VocD. Une analyse qualitative de la précision lexicale montre que les enfants eL2, et à un moindre degré les enfants 2L1, ont plus souvent recours à des verbes « passe-partout » (General Purpose Verbs, GAP, Harley, 1992) que les enfants L1, comme le montre les productions d’enfants dans un contexte qui ciblait la construction « emballer le cadeau » : (1) L1 Lina « ils l’emballent le cadeau… » (2) 2L1 Linnéa « ils commencent à faire le cadeau » (3) eL2 Hannes « après ils font le paquet pour l’anniversaire » Nous montrerons que les stratégies utilisées par les enfants 2L1 et eL2, notamment l’évitement, la paraphrase, la généralisation, jouent un rôle important dans le développement du vocabulaire. Le choix de la section Acquisition, apprentissage et enseignement des langues nous semble la plus pertinente pour cette communication. Avec notre accent sur la quantité et la qualité d’input, la proposition s’aligne bien avec des question sur « la complexion des variables interagissant dans l’apprentissage-enseignement des langues secondes et étrangères romanes ». Notre proposition est innovatrice puisqu’il existe peu d’études qui combinent le développement du lexique et de la morphosyntaxe dans une perspective longitudinale. Ensuite, les données sur l’acquisition du français par des enfants L2 sont très rares parmi les études récentes sur l’acquisition. Résumé pour le XXIXe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes (Copenhague, 2019) Granfeldt, Ågren & Thomas Bibliographie ÅGREN, M. (2008). A la recherche de la morphologie silencieuse. Étude sur le développement du pluriel en français L2 écrit. Études Romanes de Lund 84. Thèse de doctorat, Université de Lund. ÅGREN, M., GRANFELDT, J. & THOMAS, A. (2014). 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Detaljer

Författare
Enheter & grupper
Externa organisationer
  • Institut du plurilinguisme, ​​Université de Fribourg
Forskningsområden

Ämnesklassifikation (UKÄ) – OBLIGATORISK

  • Jämförande språkvetenskap och lingvistik
  • Språkstudier
Originalspråkfranska
StatusPublished - 2019
PublikationskategoriForskning
Peer review utfördJa
EvenemangXXIXe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes - University of Copenhagen, Copenhagen, Danmark
Varaktighet: 2019 jul 12019 jul 6

Konferens

KonferensXXIXe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes
LandDanmark
OrtCopenhagen
Period2019/07/012019/07/06

Relaterad forskningsoutput

Jonas Granfeldt, Malin Ågren & Thomas, A., 2019, (Submitted) Actes du Colloque International de Linguistique et de Philologie Romanes de Copenhague .

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